Episode 39

14 février 2014.

Ça y est on y est c’est la Saint Valentin. Ayant récupéré mon Jules, j’expliquerai bientôt comment, me voici à la date fatidique.

La saint Valentin, en priorité, c’est un grand débat de société : Les « c’est-une-fête-commerciale-ça-ne-sert-à-rien-j’ai-pas-besoin-d’une-fête-pour-dire-à-mon-amoureux(ze)-que-je-l’aime » contre les « il/elle-a-pas-intérêt-de-rater-son-coup-c’est-une-occasion-comme-une-autre-de-faire-un-dîner-en-amoureux-j’aime-l’ambiance-romantique-de-ce-jour-particulier ».

En définitive, tous les arguments se valent mais c’est comme le débat sur le changement d’heure, on ne peut pas y couper. Oui c’est une fête commerciale, oui c’est une belle occasion, oui tout est fait pour qu’on soit poussé à la consommation, oui il ne devrait pas y avoir une seule date pour fêter l’amour mais oui c’est pas mieux de fêter un anniversaire de rencontre ou autre, oui c’est quand même génial d’avoir quelqu’un avec qui passer la soirée vu que le pays entier parle de cette fête et d’amour, oui c’est une pression d’être top pour ça. C’est juste que tout le monde a raison mais que chacun veut donner son avis ou sa position. C’est humain.

Mais voilà, Jules m’a promis une soirée de rêve et le stress est à son comble. Je n’ai rien fait à l’avance. Et voilà qu’il faut que je sois prête et sexy ET que je trouve une idée géniale de cadeau assez personnel et recherché pour dire « je te connais t’as vu? » sans dire « veux-tu t’engager sérieusement avec moi »? Voilà qui est délicat. Je saute la pause du déjeuner et avale un sandwich face à mon écran d’ordinateur. Comme ça je sors à 4h.

Je file aux Galeries… C’est bien sur très dur… Je cours dans les rayons à chercher une idée. Tout est rouge, rose, enrubanné. La musique est romantique. Les publicités vantent l’amour et le cadeau parfait. J’ai mal au crâne. J’opte pour un coffret avec une jolie ceinture en cuir, avec une boucle supplémentaire. Viiiiiite je passe en caisse. La CB fait la tête. Est-ce que j’ose? Oui allez je rajoute une petite boîte de chocolats.

Une fois chez moi je m’enferme dans la salle de bain. Comme d’habitude, masque, gommage, vernis, épilation… De l’huile sur les cheveux pour les nourrir et enfin la douche finale. En peignoir je me mets face à mon dressing et opte pour une petite robe, une petite veste sur les épaules, collants et escarpins. Une pochette. OOOOOOhhhh il est déjà 20h!!!!!!

Retouches maquillage et allons-y.  Je roule rapidement et là, misère je grille un feu orange/rouge. Traduction, pour moi il est orange, pour les policiers qui m’ont arrêtée, il était très rouge. Je suis déjà très en retard mais l’idée d’une amende ne m’enchante pas. Je souris et prends un air penaud en espérant qu’ils soient indulgents ! Discrètement je remonte un tout petit peu la jupe sur mes jambes, on ne sait jamais.

« Alors Mademoiselle on est pressée? Ah oui je vois…on se rend à un rendez vous!

-Absolument pas, je vais rejoindre des amies (ooooh ça va à la guerre comme à la guerre!) mais pourquoi m’arrêtez vous monsieur? (Naïve la fille!)

– De quelle couleur était le feu?

– Je sais que je l’ai passé au orange mais je roulais à 50 et c’était difficile de freiner!

– Non il était ROUGE! Avez vous les papiers du véhicule?

– Oui bien sur tenez.

– Vous ne contestez pas?

– Ai-je bien le choix? (Et c’est là que les études de droit servent…) En tant qu’officier de police judiciaire, votre parole vaut présomption,  et moi je devrais prouver que je n’ai pas commis l’infraction. Ma parole ne suffit pas. Donc je gagne du temps et je plaide coupable votre honneur ! ( sourire )

– Je vois que vous êtes bien informée. Écoutez filez pour cette fois mais faîtes attention. Non…attendez! Si vous ne rejoignez que des amies, on pourrait peut être boire un verre à la fin de mon service?

-ah…Ben donnez moi vos coordonnées!

-Voici. A tout à l’heure alors. Vous m’appelez vers 23h?

– Oui à tout à l’heure.  »

Olalalal!!!! Va falloir ne plus jamais croiser ce policier là! Pourquoi une fille de 28 ans voudrait sortir avec un homme de la quarantaine qui invite les filles qu’il verbalise ? Mais heureusement il a peine jeté un oeil à mes papiers. Je file à toute vitesse.

J’arrive avec une grosse demi-heure de retard. Jules m’attends en buvant une coupe de champagne, l’air vaguement en colère. Je m’excuse et raconte mon aventure. Ouf il rit et l’anecdote se poursuit en buvant une coupette chacun.

Le repas se déroule de façon agréable. Arrivés au dessert je sors mon paquet de mon sac. Là Jules rougit, gêné. Je me dis qu’il n’aime pas ouvrir des cadeaux.

« Ecoute, euh…c’est très gentil… Mais…enfin je t’ai rien acheté. C’est une fête uniquement créée par des publicitaires pour vendre plus de chocolats et de fleurs… Déjà j’ai opté pour un restau uniquement pour te faire plaisir…

– Oui Oui je sais , pas de problème. C’est pas grand chose, c’était juste comme ça, pour te remercier »

Là je le regarde déballer la ravissante ceinture que j’ai choisie et les chocolats, avec une gêne croissante. Il me remercie maladroitement. Puis il appelle le serveur et demande la note.

« On va chez moi? » Évidemment obligée d’accepter pour ne pas montrer ma déception, j’ai du mal à conserver mon sourire. Je déploie des trésors de comédie pour faire croire que la soirée est aussi agréable que dix minutes plus tôt.

Finalement j’en ai été pour mes frais. Bien sur, ce n’est pas que je voulais avoir un cadeau, j’utilise déjà assez ma CB toute seule et je suis la mieux placée pour savoir me combler avec un présent 🙂 Mais c’est une question d’intention, l’imaginer en train de me choisir quelque chose et de deviner ma tête quand j’ouvrirais le paquet… Me dire qu’il a pensé à moi.

Alors oui je ne devrais pas être déçue, je devrais m’en ficher royalement. Mais c’est dur. Incroyablement dur. A croire que les stéréotypes de ces foutus publicitaires sont entrés dans les principes sociétaires. Qu’on a fini par être formatés par la télé. Après tout on adule bien le père Noël crée par Coca Cola…Mais la réalité est difficile à encaisser lorsqu’on a cru qu’on ne serait jamais atteinte, qu’on ne serait pas comme les autres, qu’on savait être détachée.

Moralité, ne jamais rien attendre, même inconsciemment de l’autre, c’est le seul moyen de ne pas être déçu (e) …

FOUTUE SAINT VALENTIN !!!

Une réflexion sur “Episode 39

  1. Belle Zeina,

    Voilà un récit, je l’avoue, que j’ai trouvé très marrant, même si c’est à tes dépens…Oui, la Saint Valentin est une fête commerciale, mais toutes les occasions sont bonnes pour dire des mots doux à son amoureux / amoureuse. Quant aux cadeaux, j’ai appris avec le temps qu’il fallait en offrir si on en a envie, mais surtout sans attendre un « renvoi d’ascenseur »: on est souvent déçu… Mais ce n’est pas une raison pour ne pas faire de cadeaux …

    J’ai bien aimé ton récit avec les gendarmes: là, tu as des arguments qu’un homme n’a pas: sourire, jupe remontée, joli collant … Tant mieux pour toi !!

    Bises

    Marc
    http://asso.i-hej.com/

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