Episode 37

22 janvier. 13h05.

La suite d’une rupture difficile pour une fille, c’est la remise en question lourde, sur qui on est, qui on a envie d’être, et la fameuse question du « mais qu’est-ce qui n’allait pas chez moi? ».

Malgré mes efforts à divertir mon amie, elle s’est enfoncée dans une déprime pour ne pas dire une dépression. Samedi, j’ai voulu la faire sortir de sa torpeur et je l’ai amenée de force dans un des bars que je fréquente, où du « beau monde » vient pour passer un bon moment, en pensant naïvement qu’elle verrait peut-être qu’il y a de nombreux hommes sur terre.

Au lieu de ça, elle passa la soirée à critiquer sauvagement toutes les filles joliment habillées, parfois trop peu, parfois pas assez bien, mais souvent plutôt avec goût qui s’agitaient sur la piste ou autour du bar. Et alors même que je sais que je pratique parfois la critique, elle ne reste pour moi qu’un amusement lointain, sur des tenues par exemple, mais sans réelle profondeur. Mais là, je sentis qu’elle vouait à ses filles inconnues une véritable haine, temporaire certes, mais bien réelle.

Et je ne sais pourquoi, je me suis sentie blessée par ses critiques, comme si elle me les adressait directement. Repoussant cette gêne, je terminai la soirée avec elle et rentrai.

Aujourd’hui, assise à mon bureau, grignotant mon sandwich pendant ma pause déjeuneur, je me mis à réfléchir.

Quand j’étais plus jeune, j’avais un physique réellement ingrat. J’étais grande et longiligne sans aucune forme féminine quelle qu’elle soit, j’avais de l’acné, je portais lunettes et appareil dentaire, j’avais la peau grasse et n’étais intéressée que par le sport et les cours.

J’étais pour ainsi dire complètement invisible dans mon collège puis dans mon lycée, dans le meilleur des cas, ou raillée par mes camarades le plus souvent. J’en ai beaucoup souffert. On peut se mentir autant qu’on veut, mais dans nos sociétés occidentales, le regard des autres est aussi vital que l’air qu’on respire. L’image que l’on nous renvoie de nous-même est le baromètre de l’opinion qu’on se fait de soi.

Un miracle s’est produit lorsque j’ai atteint l’âge déjà avancé de 20 ans environ. Ma peau s’est débarrassée de sa tendance adolescente à graisser, ma poitrine a poussé sur le tard pour atteindre un 85 D inespéré, mes formes se sont élargies, j’ai découvert le confort des lentilles de contact et des crèmes hydratantes, j’ai ouvert mon esprit à l’amélioration de ma personne et j’ai commencé à me passionner pour les vêtements mais plus encore pour les escarpins.

Ma vie a changé.

Mais surtout le travail sur moi avait commencé. Travailler dur à s’améliorer toujours, a être apprêtée, à se trouver dans les artifices qu’on nous propose, toujours plus nombreux.

Evidemment, la juste conséquence a été la modification du regard des autres. Le mépris à peine voilé d’un grand nombre de femmes et le regard insistant d’une certaine catégorie d’hommes. Mais au fond le but était atteint, j’existais!

Sauf qu’il fallait se battre tous les jours contre les préjugés, être tout les jours assez sure de soi pour affronter les regards qui ont tant manqué auparavant.

Si vous voulez punir quelqu’un, il suffit d’exaucer un de ses souhaits. Et là où j’avais cru ne jamais être dans la lumière, la métamorphose m’a permis de diriger quelques rayons vers moi. Mais à quel prix !

En fait, les femmes sont des hypocrites. Elles peuvent dire ce qu’elles veulent et de n’importe quelle manière, mais ce qu’elles critiquent chez les autres c’est ce qu’elles aimerait avoir, être ou faire. La critique est l’art des esprits faibles. Une femme sure d’elle ne se souciera pas des autres, elles n’aura pas besoin de rabaisser les gens pour tenter de les mettre à son niveau, elle se contentera de sa propre voie et de son aura personnelle.

Les rares femmes que je connais qui sont assez épanouies pour ne jamais envier les autres, ce sont des femmes qui ont déjà un certain âge, dont la maturité rime avec leur assurance, et elles se frottent sans jamais hésiter à des femmes plus apprêtées par exemple! C’est le modèle que j’aspire tant à suivre.

En définitive, pour s’assumer et se respecter tout en restant honnête, il est essentiel de ne jamais oublier qu’il y a toujours plus jolie, plus grande, plus mince, plus sportive, plus intelligente, plus ferme, plus drôle, plus intelligente, plus populaire, mieux habillée, mieux maquillée, etc etc.

Est-ce être prétentieuse que de savoir ce qu’on vaut et ce qu’on veut ? Doit-on se sentir coupable d’être bien dans sa peau? Ou parce que les autres ne le sont pas?

Une femme est toujours belle, peu importe sa morphologie.

J’avais envie que ma copine le comprenne. Ni une ni deux, je pris mon téléphone et l’appelais pour lui parler. Une conversation difficile s’impose.

Je retrousse mes manches ! C’est parti !

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