Episode 35

07 Janvier 2014. 18h15.

Olàlà mais quelle histoire! 7 ans de relation, une maison achetée en commun, des projets de mariage et de bébé (mais heureusement non aboutis), une vie réglée et un amour parfait. Et voilà que du jour au lendemain, tout s’arrête! Et tout ça dans la douleur…

J’écoute mon amie s’expliquer :

 » J’ai rien compris, je n’ai même rien vu venir.  »

Pendant qu’elle raconte, je sens la culpabilité monter en moi. Mon propre côté superficiel m’est renvoyé violemment à la figure. Ma légèreté me fait honte. La peine aussi, de me rappeler combien une rupture peut être douloureuse. Et surtout la surprise. Pourquoi est-ce que les couples les plus parfaits sont ceux qui volent en éclat, alors même que ceux qui semblent voués à une existence courte et houleuse durent parfois au delà de toute espérance ?

 » Tu comprends, on avait la maison, j’ai arrêté la pilule il y a trois mois déjà ! J’étais sûre qu’il allait me demander de l’épouser et j’ai stupidement attribué son changement de comportement au fait qu’il préparait sa surprise! Faut vraiment être naïve! Et tu sais le pire? Je ne sais même pas exactement pourquoi ! Je ne sais pas s’il y a une autre fille ou si il ne m’aime plus, il ne sait même pas s’exprimer clairement. Il me sort de ces banalités. « Qu’il ne sait plus, qu’il est perdu, qu’il a besoin de souffler, que je n’ai pas vu les signes qu’il laissait à mon intention etc ». Dis moi comment on peut quitter une relation comme ça sans vraie raison? J’ai tellement mal, je n’y comprends rien. Est-ce qu’il y a une autre femme qui lui a monté la tête ou promis monts et merveilles? Je suis incapable de le dire, je n’ai vu aucun de ses prétendus « signes » qui auraient du m’alerter. Pire, j’étais persuadée que tout allait pour le mieux. Il me jurait ses grands dieux il y a deux jours encore qu’il m’aimait comme un fou et que j’étais la femme de sa vie. Et si tu le voyais tu ne le reconnaîtrais pas. Quel changement d’attitude! Il est froid, il est dur, il est distant. Il me dit des choses extrêmement blessantes. On dirait que je l’ai fait souffrir pendant des années. Il me reproche des choses que je n’aurais jamais soupçonnées. Il me dit tout ce qu’il faut pour me faire du mal. Surtout qu’il me connaît et il sait donc les sujets sensibles. Bref, c’est comme un étranger. Je ne reconnais pas l’homme que j’aime. Et pourtant oui je l’aime. Bordel je l’aiiiiiiiiiiiiime et ça me tue !  »

Elle avait prononcé tous ces mots d’une traite, presque sans respirer. Comme un fil qu’elle aurait déroulé devant moi, en tirant de toutes ses forces. Je me sens comme vidée à l’écouter. Et tristement je ressens également quelque chose de plus sombre…j’entrevois dans ce qu’elle dit ce qui pourrait m’arriver également et cela me fait très peur…

Evidemment des mesures s’imposent. Je l’invite à une soirée à la maison, avec du vin et des choses bien grasses à grignoter. Mais je sais que les étapes vont être difficiles. Elle ne va parler que de ça, ne penser qu’à ça. Etre triste et motivée pour aucune activité « normale ». La terre s’est arrêtée de tourner pour elle. Et elle ne reprendra sa route que dans ce qui semblera une éternité.

Le rôle d’amie n’est pas plus aisé que la place de la nouvelle célibataire. Qu’est-ce qui peut réconforter une femme dans ces moments là? Absolument rien ! Qu’est-ce qui peut soulager la douleur? Absolument rien ! Est-ce qu’il est possible de lui changer les idées? Absolument pas ! Sans compter que selon la personne qu’on a en face, il faut ou ne faut pas rabaisser/critiquer/dire du mal de celui ou celle qui a provoqué la rupture. Donc c’est délicat.
Par exemple, si on a trop longtemps soutenu notre amie en maudissant son ex, et qu’elle se remet avec lui au bout de trois semaines, on risque de la perdre ( parce qu’elle sera gênée de ce qu’elle a dit, parce qu’elle pensera qu’en fait on a jamais aimé son ex ou encore parce qu’elle nous associera à ses malheurs ). Si on essaie d’être objective et qu’on temporise, alors la suspicion naîtra qu’on été peut être attirée par l’ex en question, qu’on le soutien ou encore qu’on pense qu’il a bien eu raison de provoquer la rupture.

Une séparation c’est un vrai casse-tête. A choisir je préférerai tenter de résoudre un rubik’s cube, ça me causerait moins de soucis et j’aurais moins de risque de complètement me planter! Je l’écoute sans dire grand chose, à part la vérité, que je suis sidérée et que personne ne peut savoir de quoi l’avenir sera fait. Ça sonne creux à mon oreille mais je ne trouve rien de plus à ajouter. Je me sens nulle.

Le soir venu, elle se présente avec trente minutes de retard, les yeux rougis et la mine déconfite. Elle tient une bouteille mais le coeur n’y est pas. Je comprends instantanément qu’elle a fait ce que toute fille a envie de faire. Elle lui a écris ou elle l’a appelé. Cela explique les larmes. Parce que si lui a changé, elle, pas encore.

Elle me confirme rapidement ce que je soupçonnais. Il est facile pour moi de lui faire la leçon de mon regard extérieur. De lui dire de ne pas écrire, de ne pas appeler. Mais je sais ce qui la ronge. Il est si difficile de ne pas savoir, de ne pas comprendre. D’attendre des réponses qui au fond ne viendront peut être jamais.  Alors au lieu de lui dire tout ça, je me contente de lui dire que je comprends et de la serrer fort dans mes bras.

Elle ignore pratiquement tout ce que j’ai préparé à manger, les douceurs comme le gras. Par contre, elle enchaîne les verres à toute allure. Je dois rapidement en déboucher une deuxième, puis je me sens obligée d’en rajouter une troisième. Nous ne sommes que deux, et j’ai du boire trois verres. Je lui retire doucement celui qu’elle a dans les mains, alors que la troisième bouteille est encore à moitié pleine. Je lui dis qu’il est hors de question qu’elle rentre et qu’elle va devoir partager mon lit. Elle s’effondre dans mes bras, et je ne sais plus laquelle de nous deux a fini par verser le plus de larmes.

Je l’aide à se mettre au lit. On discute dans le noir. Demain elle ira toujours aussi mal et elle aura mal au crâne en prime. Je me sens impuissante. Je n’ose même pas écrire à mon propre compagnon. On s’endort épuisées, par dépit.

08 Janvier 2014. 06h50.

Mon réveil sonne, je suis forcée de mettre mon amie dehors. Sa tête est celle de quelqu’un qui a mal dormi. Mais au café du matin, elle semble aller un peu mieux.

« Comment tu te sens ma chérie?
– Ecoute je suis épuisée mais je commence tout juste à réaliser qu’il faut que je m’accroche, que je pense à moi et que je prépare l’avenir.
– C’est une bonne chose tu sais. Trouves toi un logement, c’est le début, et donnes toi des buts, ne serait-ce que pour t’occuper un peu l’esprit, pour avancer et pour ne pas le laisser gagner.
– Oui tu as raison. C’est tout ce que je peux peux f aire.
– Ma belle?
– Oui?
– Ne lui écris pas s’il te plaît. Même si c’est dur.
– D’accord, de toute façon je ne supporterai pas de me faire jeter une nouvelle fois.
– Si tu ne sais pas quoi faire de ton téléphone, appelle moi ou écris moi, à n’importe quel moment.
– Ok Merci… »

Je filais ensuite au travail après l’avoir raccompagnée à sa voiture. Même le temps était maussade. L’amour, parfois ça dure. Parfois ça fait mal. Très mal.

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