Episode 33

3 Janvier 2014

Sommes nous condamnés à jalouser les autres? Cela pourrait ressembler à un sujet de dissertation de philosophie mais c’est la question qui m’a hantée en ouvrant les yeux dans mon lit douillet ce matin. Doit-on en vouloir à quelqu’un parce « la vie » ne nous a pas donné autant qu’elle l’a fait pour d’autres?

Hier soir j’étais avec mes copines, dont Sonya, et nous nous sommes retrouvées dans un bar, autour d’un verre, et nous avons croisé une fille avec qui nous étions à l’école. A part sa plastique, qu’il faut reconnaître parfaite, elle n’a jamais été très brillante. Et pourtant ses parents, dont l’un est un ingénieur sur plateforme pétrolière, travaillant actuellement aux Emirats Arabes Unis et gagnant une fortune et dont l’autre est rentière mais exerce également le métier d’attaché de presse pour un grand groupe international, lui ont offert une école de commerce très onéreuse et reconnue. Aujourd’hui, cette fille travaille en tant que responsable de projet pour un grand groupe, gagne très bien sa vie et n’était revenue dans la région que pour passer quelques jours avec ses deux cousines dont elle est proche.

En vingt minutes, elle nous exposa sa réussite, nous éclaboussant de son bonheur et de son argent. Et nos débuts de carrière nous ont toutes semblé bien pâles à la lumière du sien… Cela étant dit elle a tourné les talons et a continué sa soirée, comme si elle ne venait pas de nous retirer toute motivation pour profiter de la notre.

Alors pourquoi? Pourquoi mes parents n’ont pas eu les moyens de m’offrir une école privée à plusieurs milliers d’euros par an et qu’il a fallu que je règle moi-même mes frais de scolarité et mes livres? Pourquoi ai-je passé cinq ans en tant qu’étudiante à compter chaque euros pour être sûre de pouvoir manger à la fin du mois? Pourquoi est-ce qu’il m’a été difficile de trouver chacun de mes emplois car je n’avais eu aucune « entrée » nulle part ? Pourquoi avais-je du commencer à travailler trois mois durant l’été de mes 16 ans pour ne profiter de mon premier été de loisirs qu’après ma première année en CDI? (soit seulement 8 années à travailler tout l’été ou presque plus la première année sans vacances…) Pourquoi financer mon permis de conduire ou ma première voiture avait chaque fois ressemblé à un parcours du combattant rempli de privations et de frustrations diverses et variées?

Pendant que mes copines s’en donnaient à coeur joie sur des critiques infondées concernant cette fille je demeurais silencieuse et me posais des dizaines de questions. Etais-je malheureuse? Non. Aurais-je pu avoir plus? Oui, mille fois oui! Avais-je été au bout de tout de ce que j’aurais pu accomplir? Il semblait bien que non…

La soirée avait été teintée d’un peu de tristesse et de pas mal d’amertume pour tout le monde, comme un arrière goût dans la bouche après avoir goûté un met à l’air appétissant.  Je préférai rentrer que d’insister à rétablir l’atmosphère chaleureuse du début.

Et ce matin, fixant le plafond, je me dis que je n’étais même pas la plus à plaindre de notre groupe d’hier soir. J’imagine l’état des autres. Je soupire mais me lève rapidement, il y a à peine un jour j’étais au sommet de ma forme, je ne peux me permettre de me laisser retomber aussi facilement. Ma vie n’a pas été toujours simple et je ne fais pas partie des privilégiés c’est vrai. Pour autant, je suis en bonne santé et je suis entourée de gens que j’aime et qui m’aiment. Je n’ai pas une vie médiocre à côté de la sienne. Et n’oublions pas que j’ai trois paires de Louboutin quand même! Non, sans plaisanter, je crois que je me pose seulement trop de questions.

Je me prélasse sous la douche, et comme tous les matins, j’y reste bien plus qu’il ne faut pour être propre. Mais quand je sors j’ai la peau douce et parfumée. J’enfile des collants noirs et une robe pull pour aller au travail, avec une belle paire de bottes en daim couleurs nude.
Je suis sensée avoir commencé un régime draconien mais les tentations sont partout et n’ayant pas déjeuné du tout, je craque devant une boulangerie et entre m’offrir un croissant.

Mon cerveau ne me laisse jamais de répit, il tourne toujours sans relâche et cela agit très nettement sur mon moral et sur ma manière de gérer ma vie et les événements qui se présentent à moi. Au fond c’est simple, je ne l’envie pas vraiment, mais je ne suis pas non plus contente pour elle, soyons honnêtes. Donc en fait, ça m’est égal ce qu’elle peut ou non avoir, je n’ai pas envie de la critiquer ou de l’attaquer pour la remettre à mon niveau. A quoi bon? Et puis ce n’est ni juste ni injuste ce qu’elle a, ça existe un point c’est tout.

Mon vrai problème c’est qu’elle me renvoie à mon propre échec. Elle me met face à toutes les choses que je rêvais d’accomplir et que j’ai allégrement mis de côté au profit d’une vie simple et sans histoires. Elle me rappelle combien j’étais rêveuse et ambitieuse, passionnée et sûre de mon avenir, combien également je rêvais de créer des choses, de permettre à toutes mes idées d’exister un jour. Et aujourd’hui j’ai un travail qui me plaît, certes, qui me nourrit convenablement aussi… mais qui n’est pas à la hauteur des défis que je serais capable de relever! Difficile de se dire qu’à son âge on a déjà dévié de ses rêves et de ses espoirs. Difficile de croire qu’on a déjà perdu notre innocence et qu’on est rentré dans le rang. Difficile de croire que ça n’arrive pas qu’aux autres…

Je cherche à quel moment j’ai bifurqué au mauvais embranchement mais je ne trouve pas. Mais ce qui est certain c’est que cette route n’est pas celle que j’avais commencé à emprunter, ni celle que j’aurais du prendre. En parlant de de chemin, je suis très en retard et je me dépêche de rejoindre mon poste. Je m’installe à mon bureau et soudain je comprends. je dois changer de travail !

Enfin une belle idée ! Demain c’est samedi et je pourrais prendre l’après midi pour y réfléchir très sérieusement!

Dis donc, je suis bien contente d’avoir croisé la pimbêche hier soir! Une nouvelle année et un nouveau job, plus en adéquation avec moi-même! Pourquoi pas créer ma propre société? !! Youpi mon cerveau s’agite! Mais je dois vite me calmer pour me concentrer sur les tâches quotidiennes… Evidemment l’excitation m’en empêche! Et je ne dois pas délirer, plutôt trouver ce que j’ai envie de faire…. Pfiou la journée va être longue!

Mais je sens déjà que j’adooooooooooooooore 2014 !!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s