Episode 26

10 Novembre. 22h43. Et là soudain, mon téléphone sonne bruyamment. Je jette un oeil rapide et poursuis mon « activité ». Mais sa sonnerie stridente me met mal à l’aise. Il s’agit de ma mère. Je coupe le son. Elle laisse un message.

J’aimerai poursuivre mais ma conscience me dicte d’écouter ce message sur répondeur qui clignote. Ma mère attend toujours que je la rappelle, elle ne laisse de message que si c’est important.

Malgré les protestations de mon Jules j’écoute, le coeur battant.

« Oui ma chérie c’est maman. Ecoute il est arrivé quelque chose de grave. Rappelle moi ».

Je ramasse ma veste qui a volé jusqu’au pied du canapé et part m’isoler dans la chambre. J’ai la gorge nouée, l’estomac qui fait des bonds. Ma respiration est difficile.

Je marmonne quelques mots d’excuses en partant sans me retourner, juste avant de claquer la porte. Tant pis il comprendra!!!

« Oui Maman, c’est moi. Tu m’inquiètes, qu’est-ce qu’il se passe?
– Oh ma chérie je suis tellement désolée…
– Mamaaaaaaaaaaan allez qu’est-ce qu’il y a?
– Ben écoute mamie est partie… on vient de nous l’apprendre, je suis en voiture avec ton père on file à l’hôpital.
– Oh mon dieu… non… Mais quand est-ce qu’elle est entrée à l’hôpital?
– En fait elle devait subir une petite opération du pied mais on ne voulait pas t’inquiéter avec ça. Elle y était entrée il y a deux jours et l’opération a été un succès. On ne sait pas ce qu’il s’est passé…
– Ok je vous rejoins tout de suite. »

Je n’ai rien laissé paraître devant ma mère mais aussitôt le téléphone raccroché je fond en larmes. Plus rien ne me vient à l’esprit à part l’image de ma Nany, si espiègle et en si bonne santé!! J’en veux terriblement à mes parents de ne pas m’avoir avertie!! Quoi je n’ai plus quatre ans! J’aurais du aller la voir avant, pendant que je le pouvais encore…

Le torrent ne cesse de se déverser, pendant que je tente de reprendre mes esprits. Il faut que je me calme pour pouvoir conduire. Mais rien à faire je suis effondrée! Je retourne dans le salon en marchant avec difficulté. Mon maquillage doit repeindre mon visage en un picasso disgracieux, mais qu’importe! Je dois faire face!

J’explique en quelques phrase la situation et pars sans dire un mot de plus.

Il me rattrape dans le couloir.

« Non mais attends tu ne va pas partir comme ça quand même?
– Ah ?? Tu penses que je dois passer ma soirée ici peut être?
– Ce n’est pas ce que je voulais dire! Ne pars pas comme ça t’es dans un sale état je t’emmène!
– Merci!
– Oh allez, je sais que tu vas mal mais n’en profites pas pour mordre. Tu vas aller à la salle de bain cinq minutes pendant que je range le vin et je te conduis.
– Tu n’as pas à faire ça tu sais, ça ne va pas être drôle !
– Je t’interdis de dire un mot de plus ! Ne discute pas ».

Ce faisant il me pousse vers la salle de bains et ferme la porte derrière moi.

Je m’observe dans la glace, le visage défait et déjà des cernes comme si je n’avais dormi que deux heures la veille. Je me lave énergiquement à l’eau chaude et au savon, afin que les traces disparaissent. Ma pauvre Nany… elle qui m’a si souvent gâtée, défendue, aimée.

Tellement de bons souvenirs avec elle me reviennent. La sensation de manque afflue d’un coup sans que je ne m’y attende. Mais je ne dois pas craquer, pas y penser… Pas encore du moins, je dois être forte. Mais il y a cinq minutes elle était toujours là pour moi, elle avait une existence, détachée de la mienne mais bien réelle, et d’un seul coup on me l’enlève, sans que je puisse faire quoi que ce soit ou m’y préparer. C’est injuste et brutal! Mes pensées fusent sans que je ne parviennent à les arrêter, mon coeur bat à tout rompre et les larmes coulent sans que je ne m’en rende compte…encore et encore…

Je m’asperge d’eau froide cette fois ci et reprend un peu le dessus. Je dois y aller. Je sors enfin de mon antre et en état à peu près correct. Il faut que je rejoigne ma famille.

Mon Jules me sourit et me prend dans ses bras. Il me guide gentiment, me regarde passer ma veste et me prend la main jusqu’à la voiture. Il ouvre galamment la portière.

23h48. Arrivée à l’hôpital. J’appelle ma mère et me rend dans la salle qu’elle m’indique. Mon père est dévasté autant que je le suis d’avoir perdu sa pauvre maman. Ma mère le sert dans ses bras. On se rejoint tous les trois et on s’étreint avec force…

Le reste je ne peux même pas le raconter…

04h07. Impossible de trouver le sommeil. Mon Jules a fini par s’éclipser devant ma famille et nos pleurs, délicatesse que je ne peux lui reprocher. Mais malgré que ma mère m’ait proposé de passer la nuit avec mon père et elle, je ne  voulus pas accepter. Et me voici, yeux grands ouverts à fixer le plafond à 4h du matin…

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