Episode 22

10h44. Ce soir a lieu une réunion d’un genre très particulier… La réunion des anciens élèves de ma promotion à la fac (comme quoi tout arrive!) et j’avoue que j’appréhende ce moment autant que je l’attends. Je ne les ai pas vues depuis que j’ai quitté le banc de l’école et ça risque d’être folklorique. Qu’allait-on penser de moi?

Déjà ça a toujours été spécial. Je me suis toujours dis que je devais être un extra-terrestre de normalité et de goût dans un monde un peu flou où les gens font rimer leur originalité avec leurs pires défauts. Par exemple, alors que dans ma promo nous n’étions que 25, il y avait une fille qui avait de longs cheveux noirs et vu sa très petite taille, on ne voyait que ça. Et pourtant ils étaient gras à longueur de temps… Le prix du shampoing sans doute! Ou la mauvaise volonté, mais on ne pouvait détacher ses yeux de cette masse informe ! Il y en avait une autre, probablement aussi « intelligente » que tout le monde (encore eut-il fallu le vérifier) mais qui parlait tout le temps mal ( une personne étrangère ? Non une franco-française dont les mots préférés auraient fait rougir un routier!). Sans oublier la fille qui avait de gros problèmes avec la nourriture et dont le poids variait très régulièrement…

Il y avait également celles que je surnommais secrètement Laurel et Hardy. Une grande mince, un peu bécasse, mais qui passait son temps à se plaindre et râler. Tout était prétexte! Les heures de cours, les profs, la fac, les examens, les sandwiches du restau U, etc etc! Et sa petite copine , bien rondelette, la suivait partout en approuvant chacune de ses paroles. Ça donnait à peu près ça :

« Ça me soûle, ils sont dégueulasses ces sandwiches, on est vraiment traités comme des moins que rien parce qu’on est étudiants!
– Oui c’est clair c’est abusé!
– Non mais en plus, t’as vu on nous a collé des examens blancs dans deux semaines, franchement on se moque de nous!
– Oui c’est clair c’est abusé!
– Et attends t’as vu le professeur qui nous parle comme à des idiots? Ça va n’importe qui peut devenir professeur en fac !
– Oui c’est clair c’est de l’abus !!! (ah tiens une variante!) »

Il y avait évidemment la première de la classe, aux dents si longues qu’elle laissait des traces sur le parquet, peu importe où elle passait. Assise au premier rang, elle fayotait autant que possible et faisait chaque jour des compliments aux différents professeurs, faisait mine de leur vouer une admiration sans bornes et rêvait de prendre leur place. Il y avait également « le groupe des trois », les trois filles dont le seul but dans la vie était de se trouver des compagnons et qui ne parlaient absolument que de ça du matin au soir, évaluant lequel des hommes de leur entourage pouvait être « le bon ». Et enfin il y avait la pauvrette en amour…celle qui cumulait les « mauvais garçons » et les relations à sens unique. Une des dernières en date, son « ami » ne voulait pas que leur relation s’ébruite et elle demeurait « secrète » sauf qu’en réalité il s’envoyait la moitié des filles de la planète derrière son dos, pendant qu’elle attendait patiemment qu’il officialise…Quelle naïveté! Mais ce n’est qu’une fille…

Pour les garçons, c’était guère mieux. Il y avait le « coq de la basse-cour », toutes les filles lui faisaient les yeux doux et se pressaient pour lui faire plaisir. Il allait trente fois par semaine à la salle de sport, pratiquait deux sports différents de manière régulière et en compétition et était aidé par tout le monde pour réussir ses examens. Son meilleur ami dans la classe était le jeune homme de bonne famille dont le montant de l’argent de poche dépassait celui du PIB du Turkménistan. Il y avait l’intello coincé, un jeune homme qui ne faisait qu’étudier et refusait systématiquement toute autre activité, sauf si elle se pratiquait sur un ordinateur. L’ami de celui-ci (oui oui les garçons vont toujours par paires!) est le garçon le plus insignifiant au monde, voulant toujours s’excuser de respirer alors que son droit à l’oxygène équivaut à celui des autres.

Enfin, ces vieux souvenirs me rendent nostalgique!! L’heure approche.

18h50. A peine sortie du bureau, je file chez moi et je change en vitesse. J’avais choisi de m’habiller comme pour un rendez vous professionnel et d’aller à la soirée en disant que je sors juste du travail… Oui je sais, je suis perverse, mais je dois faire bonne impression!!!

J’enfile donc une paire de collants noirs, une robe grise près du corps qui arrive à mi-genoux et une veste de tailleur assortie. Un foulard Hermes bleu ciel et le tour est joué. J’ai l’air d’une businesswoman! Je n’oublie pas de prendre ma sacoche en cuir qui fait très « pro » et je pars le sourire aux lèvres, les cheveux attachés en une couette haute. La soirée se déroule dans une petit bar bloqué pour l’occasion.

19H08. Arrivée depuis trois minutes je scrute la salle… et je ne m’empêcher un fou rire, complètement incontrôlable… La fille aux cheveux gras les portent toujours de la même façon…donc gras! Laurel et Hardy sont venues ensemble et critiquent les gens, la décoration de la salle, les boissons etc. J’entends des injures sans savoir d’où elles proviennent exactement, jusqu’à ce que je voie la fille qui n’arrêtait pas d’en dire! Je reconnais la seule fille collée au buffet, quelques kilos se sont ajoutés depuis la dernière fois que je l’ai vue.

L’arriviste fait des compliments au patron du bar, trois filles restent entre elles et comparent les photos de leurs mari et de leurs enfants en citant les avantages et les inconvénients de chacun comme s’il s’agissait de produits et une dernière raconte ses malheurs au tout venant, à savoir que son dernier compagnon l’a quittée pour une de ses amies…

Des hommes en costume discutent plus loin. Le premier explique entraîner l’équipe de foot de son fils et que celui-ci deviendra un champion reconnu, alors que le second évoque son poste éminent et sa voiture de sport. A leur côté, mais séparés par une barrière invisible, un autre homme parle du dernier logiciel qu’emploie son entreprise à un autre, complètement muet qui semble perdu dans la foule…

Bref, aucun d’entre eux n’avait changé. Et mon rire ne s’arrêtait plus. Je n’avais rien à faire là!

19h54. Je quitte la soirée avec grand soulagement et retourne chez moi. Je quitte ma tenue de parfaite working girl et enfile un jean confortable et un pull. Puis j’appelle mes copines pour proposer une soirée DVD/pizza ! Elles répondent favorablement et se proposent d’arriver au plus tôt pour une soirée entre nous. J’adore!

20h07. Un message ! « Je pense à toi… » Haaaaaaaaaaaaaan!!! Quelle belle soirée!!!

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