Episode 16

19 Novembre. 11h43.

Aujourd’hui je fais une nouvelle fois les frais de la « gentillesse » et la « bienveillance » féminine. Aucune jalousie, aucun rejet, aucune critique… uniquement des compliments sincères, de la curiosité et de la reconnaissance… Les femmes quoi!

Ce matin j’étais un peu déprimée, après ma journée ratée d’hier. Réveillée tôt, je prends soin de ma tenue et de ma mise en beauté. Je boucle mes cheveux, me maquille de façon plus sophistiquée que d’habitude. J’enfile un jean Liu Jo bleu clair qui me fait des fesses de folie, des escarpins à talons hauts en cuir souple rose Chloé, un pull Maje en cachemire bien épais avec un dos nu (donc absence de soutien gorge) rose également. Il épouse parfaitement mes courbes. C’est peut être un peu osé pour le travail mais j’adooooooooooore cette tenue et j’avais besoin de me sentir femme, de me faire plaisir.

Or, depuis que j’ai mis les pieds au bureau et ôté ma veste, ce sont des murmures qui accompagnent chacun de mes pas! Les sourires de mes collègues femmes sont crispés et leurs compliments sonnent faux… Ça c’est encore quand elles ne sont pas carrément hostiles : « dis donc, t’as chaud en ce moment non? » ou bien : « ah ben alors là il fallait oser ».

A l’inverse, je subis les sourires graveleux des hommes que je dois côtoyer. Les regards masculins effectuent des « montées descentes » sur ma silhouette et certains me déshabillent carrément des yeux. Moi qui croyait que l’on vivait dans un pays civilisé!

Je me sens à moitié nue et complètement honteuse. J’ai remis ma veste et la porte pour travailler. Je ne bouge plus de devant mon ordinateur. Je finis par m’isoler pour appeler une copine, les larmes aux yeux.

13h20. Une heure de conversation plus tard, je me sens mieux. Ma copine m’a bien remise en place et m’a fait une scène parce que je me laisse marcher sur les pieds par des jalouses et des pervers. Il en faut plus que ça pour me faire tomber. Je suis une femme, je suis épanouie et je suis bien dans mon corps et dans ma tête! Allez du nerf que diable!

Je retourne à mon bureau la tête haute…. et déchante bien vite. Le cauchemar continue. Je sens que ça rigole et j’ai l’impression que chaque murmure me concerne, que chaque regard est plein de moquerie et de méchanceté. J’ai beau me répéter que ça ne doit pas m’atteindre et qu’il s’agit de jalousie, j’ai hâte que la journée se termine.

14h16. Mon téléphone sonne. C’est mon supérieur N-1 qui me convoque dans son bureau pour me parler d’un dossier. Aïe ce dossier est complexe, je sens que je vais avoir droit à un sermon sur son importance et à l’avertissement du contrôle de mon efficacité… Après avoir hésité dix bonnes secondes, j’ôte ma veste, je ne peux décemment pas y aller avec.

Je rentre dans le bureau. L’atmosphère est tendue, plusieurs collaborateurs sont dans la pièce et on me demande assez sèchement un topo sur un dossier en cours, alors qu’on ne m’avait pas averti à l’avance que j’aurais à réaliser cet exercice périlleux, et en public en plus. Je suis forcée de me tourner pour noter des éléments sur le flipchart. Je redoute un peu ce moment mais je suis lancée, et puis de toute façon je n’ai pas d’autres moyens. J’explique en même temps et je reste très concentrée pendant mon résumé improvisé.

Lorsque je termine, j’examine enfin les visages de mes interlocuteurs. Ils sont détendus, souriants. L’air n’est plus chargé d’électricité. Mon travail (encore peu avancé) est correct mais ne mérite pas d’éloges, tant que je n’ai pas complété le processus et fini le projet. Pourtant on me félicite, on m’encourage. Je suis littéralement encensée. On me propose un café et de continuer de participer à la réunion, ce que j’accepte avec plaisir. Pendant l’heure qui suit, on s’inquiète de mon avis, on me sollicite, on me sourit. Je me fais l’effet d’une princesse. Le regard des gens sur moi a changé. Et c’est le sourire aux lèvres que je regagne mon bureau ensuite.

D’accord c’est vrai que ce n’est pas entièrement mérité et que ma jolie poitrine bien en place n’y est pas pour rien. Mais j’aurais tort de m’en priver non?

Finalement, c’est une super journée!

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