Episode 3 : les cartons

Ce soir je décide de commencer à faire des cartons afin d’avancer ma date d’emménagement avec mon cher et tendre.

Ni une ni deux, je décide de mettre une tenue adéquate. Une salopette large avec un tee shirt blanc, et une paire de vielles converses.

Bien, par quoi je commence?

Il faut que je fasse du tri… Je ne vais quand même pas arriver avec toutes mes affaires sinon il va s’enfuir en courant…

Mais j’avoue que l’image me fait sourire… Mes affaires l’envahissent comme un lierre puissant, du sol au plafond. Puis avec un sourire sarcastique je lui propose un étagère dans la salle de bain…et un tiroir dans une commode !!! Je suis un grand seigneur, lui permettant d’occuper un millième de la place de son propre appartement ! Ahahah oublions ça.

Règle numéro 1 : lui faire croire que je suis normale.

Bon il a sûrement déjà vécu avec une femme, il sait que nous ne sommes pas normales…
Mais quand même … il faut faire un effort au début, et l’amener petit à petit à s’adapter. C’est un long travail.

Bref me voici devant mon placard débordant. Qu’est-ce que je garde? Qu’est-ce que je mets dans des cartons que j’irai stocker dans le garage des parents?

Alors le pyjama tout doux en pilou pilou… Parfait pour mes dimanches loques sur le canapé… hop dans le carton de stockage. La nuisette en satin avec son petit peignoir assorti, dans la valise!
Bien sur c’est impossible de dormir avec ça. Mais voilà je la quitterai nonchalamment au début et dormirai sans, ça vaut mieux. Puis j’irai recupérer mon pyjama par la suite ^^

Une flopée de robes, les jeans qui me mettent en valeur, les petits tops de soirées, quelques pulls seyants, les tailleurs et autres vêtements de travail (blazers, chemises, pantalons à pince, jupes taille haute) et bien sur mes précieux bébés : mes escarpins !

Tiens un tiroirs de souvenirs. Cartes d’anniversaire d’amis  de potes disparus depuis des lustres, des photos avec des ex, des souvenirs de voyage. Poubelle ou carton? Allez nouvelle vie : POUBELLE !

Une fois que le tri est terminé il est très tard. J’envoie un message à Jules qui me répond cinq minutes plus tard : Si t’es prête viens demain après le travail.

Oups il semblerait que ce soit ma dernière nuit en solo…

Une fois allongée dans le noir, comme toujours je cogite. Cogito ergo sum dirait Descartes : je pense donc je suis . Et pour le coup je ne suis plus très sure de la signification de cette expression, mais je me dis que mon cerveau pense sans cesse, et que le soir est le moment le plus propice pour moi à la réflexion.

J’essaie de rassembler mes idées. J’aime être seule, j’aime être célibataire, j’aime ma liberté. Mais j’aime être en couple, j’aime partager des choses à deux, j’aime me réveiller dans des bras musclés le matin. Et comme à mon habitude je suis pleine de contradictions. J’ai le ventre un peu noué à l’idée de l’aventure qui m’attend demain.

Quand je commence quelque chose de neuf, même quand j’ai déjà vécu une telle expérience auparavant, je suis comme au bord du grand canyon. Et je marche très près du bord. Je me sens toute excitée par l’expérience et l’adrénaline, mais chaque fois que je jette un regard en bas j’ai l’impression de vivre la chute. Mais quoi qu’il arrive, je ne peux m’empêcher de mettre un pied devant l’autre, petit pied chaussé d’un talon vertigineux, et continuer jusqu’à ce qu’il se produise quelque chose.

En fait je sais de quoi j’ai peur. J’ai une image qui est toujours floue au départ, puis s’affine au fur et à mesure. Je m’imagine avec une bonne quinzaine de kilos supplémentaires, en train de briquer le sol à quatre pattes, avec un vieux morceau de brosse dure (comme dans un vieux dessin animé, style cendrillon) et le tablier qui trempe dans l’eau savonneuse. Je porte de grands gants en latex rose et je ne me suis permise aucun maquillage, uniquement des signes de fatigue, comme autant de cernes sous les yeux. Je m’essuie le front du revers de la main (oui ok c’est hyper cliché!!). Je regarde l’horloge pendue au mur et il est dix neuf heures.

La porte s’ouvre. Un homme bedonnant, avec une calvitie naissante et portant une sacoche élimée entre, et sans me saluer, va ouvrir le frigidaire, y prend une bière et , toujours sans un regard pour moi, va s’étaler de tout son long sur le canapé.

Je gémis : « chéri c’est vendredi soir, ne pourrait-on pas sortir dîner? »

Ce à quoi il me répond : « Tu n’as que ça à la bouche !!! Sors moi par ci , sors moi par là ! Déjà qu’on a fait garder les 8 gosses à ma mère ce soir, ça ne te suffit pas? Qu’est-ce que tu as prévu pour le dîner? Parce que c’est bien beau de se tourner les pouces ici mais moi j’ai travaillé 8 heures derrière mon bureau aujourd’hui pour te nourrir et t’offrir ce bel appartement qui est si sale… Mais qu’est-ce que tu fabriques toute la journée bon sang?  » En parlant, il se gratte le ventre avec la main et ouvre sa chemise pour laisser découvrir son marcel blanc, couvert de tâches de graisse.

Je fonds en larmes. Et je file en cuisine où je fais mijoter plein d’abats de viande dans une immense marmite en buvant un whisky sans glaçon, dans une choppe de bière.

Je secoue la tête … Noooooooooooooooooooooon !!! C’est un horrible cauchemar. Bon c’est vrai, je sais que mon imagination exagère. Mais j’ai tellement peur de m’encrouter dans une routine sévère et déprimante que la vie à deux peut avoir des allures de cauchemars.

On est très loin du quotidien idyllico-sensuel d’une héroïne à la 50 nuances de grey. Tiens une autre image se forme à mon esprit.

Je suis vêtue d’un tailleur magnifiquement coupé. La jupe taille haute est fendu sur la cuisse, le chemisier en soie crème est fluide sous mon le blazer cintré. Mes escarpins à talons hauts sont à bout pointu, d’une grande marque très connue à la semelle rouge. Je passe une porte. Là m’attend un appartement immense et clair. Le plancher en bois clair est ciré, la vue est assurée par une immense baie vitrée dont la vue sur la ville coupe le souffle. Une odeur délicieuse flotte dans l’air, comme un fumet plein d’attraction magnétique, me guidant ostensiblement vers la cuisine.

La cuisine est moderne et tout aussi immense. Un homme d’une trentaine d’années, grand, brun, élancé et visiblement musclé sous sa chemise bleu clair fait tourner une sauce avec une cuillère en bois. Je l’interroge :
« Maria ne cuisine pas ce soir?
– Non ma chérie, je lui ai donné sa soirée. J’ai laissé Jade et Alessandro chez la nounou ce soir… Je nous ai fait un petit repas très faible en calories mais absolument succulent, recette transmise par un chef cuisinier d’un des restaurants de mon groupe.  »
– C’est parfait ça, mais tu n’avais pas une réunion?
– Si ma belle mais j’y ai envoyé mon bras droit, je me suis dit que ce soir le PDG pouvait être de repos et avoir mieux à faire… Je te propose de dîner, puis tu iras dans ton dressing où tu trouveras une nouvelle robe de chez Marchesa et une paire d’escarpins de chez Zanotti, spécialement choisis pour toi par ton acheteuse privée de la boutique de luxe de la 5ème avenue, à ma demande. C’est donc ta taille. Une fois que tu auras passé le tout, nous irons danser dans ton dancing préféré, le nouveau studio 54 …
– Oh mon chéri tu es vraiment extraordinaire. Le dîner est prêt dans combien de temps?
– En fait je pense qu’il le sera dans une petite heure…
– Ah et tu penses faire quoi pendant ce temps…?  »

Son sourire s’élargit pendant qu’il quitte son tablier et s’approche nonchalamment de moi, et me repousse dangereusement vers le plan de travail …

Ah oui ben là je dois avouer que c’est mieux… Mon imagination commence à me plaire 🙂

Bon il ne reste plus qu’à espérer qu’entre ces deux visions, la Vraie Vie me propose quelque de doux…

En tous cas je m’endors le sourire aux lèvres… 🙂 Demain est un autre jour !

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